Alain Colas : de Pen Duick IV à Manureva

Vous et moi avons cassé notre tirelire pour acquérir notre première 4L. A 27 ans, Alain Colas, lui, casse la sienne et sollicite les banques pour racheter le Pen Duick IV d’Eric Tabarly (pour 23 millions d’anciens francs, soit 300 000€).
Un trimaran en aluminium de 21m de long et 11m de large, avec lequel Tabarly avait révolutionné la course au large, et que l’on découvre dans cette interview d’Alain Colas.
Il répétait à l’envi que son bateau et lui ne faisaient qu’un : « entre Pen Duick et moi, j’avais tout de suite senti que ce ne pouvait être que l’accord parfait ».
En effet, victoire sur la Transat 1972, record battu. Premier tour du monde en solitaire multicoque sans escale, record monocoque battu, en 1974.
Pour ce dernier, Colas avait transformé Pen Duick en Manureva, lui apportant les modifications nécessaires pour affronter les conditions extrêmes du Cap Horn. Notamment en rajoutant des volumes de coque aux flotteurs latéraux, pour éviter d’enfourner dans la forte houle.
Mais l’accord parfait commence déjà à tourner au tragique en 1975, lorsque sa cheville, prise dans les cordages de son ancre, est sectionnée. Des mois d’immobilisation et plus de 20 opérations le laisseront avec un pied peu fonctionnel.
Il était alors tout à son nouveau défi : construire un monstre des mers de 72m de long, 1000m2 de voilure, quatre mats de 30m de hauteur, qu’il voulait lancer dans la Transat anglaise de 1976.
Un projet où apparait toute sa vision technique : acier pour renforcer le moulage de la coque, alimentation du gouvernail et du pilote automatique à partir d’énergies renouvelables, équipements technologiques les plus modernes.
Mais le Club Méditerranée ne fera pas les miracles attendus, en course. Et le vainqueur sera…Tabarly.
Suite à cet échec, Alain Colas est en quête d’exposition médiatique et de financements, et va profiter d’une nouvelle course pour cela : la route du Rhum.
Il choisit de repartir sur Manureva, qui subit une cure de jouvence.
Alain Colas embarque le 5 novembre 1978. Sa balise de détresse reste sur le quai.

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