J’ai habité 25 ans à Orléans et fait des centaines d’aller-retour vers Paris. Et chaque fois, cette même vision : la rampe de béton en T inversé de l’Aérotrain, survolant les champs de Beauce sur 18 kilomètres.
Et ces inscriptions : L’avortement tue, ou Bienvenue au pape. A croire que certains l’ont confondue avec une voie (la voix ?) du Seigneur.
Celui de l’innovation, dans les années 60-70, fut certainement l’ingénieur Jean Bertin, et son invention qui devait permettre de relier les deux villes en 20 minutes grâce à son train filant à 250km/h sur coussin d’air.
Une utopie ? Non, une réalisation technique éprouvée en quelques années, sans aucun incident, alors que les passagers de la SNCF se trainaient encore.
En 1992, alors qu’il reposait en paix dans son entrepôt, un triple départ de feu au kérozène, tout sauf accidentel, l’anéantit par un triste dimanche matin.
Mais s’attaquer à des millénaires de règne de la roue et à celui de la SNCF brula les ailes de celui qui inventa l’avion qui n’en avait pas. Et son I80 250 (I pour Interurbain, 80 pour le nombre de passagers à bord, 250 pour la vitesse) finit aussi comme Icare, réduit en cendres.
En 1992, alors qu’il reposait en paix dans son entrepôt, un triple départ de feu au kérozène, tout sauf accidentel, l’anéantit par un triste dimanche matin.
Certains redoutaient apparemment qu’il puisse renaître.
Oui, toutes mes jeunes années j’ai rêvé de glisser à 250km/h à bord du I80-250 et son design de science-fiction, propulsé par son hélice carénée.
Et ne pas voir d’inscriptions sur la rampe, qui n’aurait pas été désaffectée.
Et narguer du regard mes congénères qui auraient choisi de se trainer sur la voie SNCF (lire notre interview de Daniel Ermisse, pilote d’essai, qui y évoque ses courses avec le Capitole !) Et pouvoir leur dire que je rêvais 40 minutes de plus qu’eux chaque matin.
Et que je chantais tout’ la nuit.