1969. Christian Verwaerde émet depuis sa chambre d’étudiant, à Lille. L’armature métallique de son lit sert d’antenne. Radio Campus, considérée comme l’une des premières radios pirates françaises, est née.
Défi au monopole d’Etat en vigueur, car nul n’a le droit d’émettre depuis le sol français sauf RadioFrance. Les « périphériques », elles, jouent avec le monopole en émettant depuis la frontière avec le Luxembourg (RTL), l’Allemagne (Europe1), Monaco (RMC) ou Andorre (Sud Radio), et dont l’Etat deviendra actionnaire, pour un meilleur contrôle…
Déjà connues de quelques initiés, les radios pirates prennent ici naissance en France devant des millions de téléspectateurs.
Le tournant a lieu le 20 mars 1977, au JT de TF1. C’est la soirée du 2nd tour des élections municipales. L’écologiste Brice Lalonde se pointe, un poste de radio sur les genoux. Le posant sur la table, il annonce : « nous avons lancé des radios de quartier et en ce moment même, dans le 7eme ; cette radio verte émet ».
En fait, son ami Lefébure, dans l’assistance, actionne émetteur et magnéto dans un sac. Peu importe, le bluff a fonctionné.
Déjà connues de quelques initiés, les radios pirates prennent ici naissance en France devant des millions de téléspectateurs.
Antenne 2 enfonce le clou le vendredi 13 mai 1977, en diffusant ce document fondateur, à la fois manifeste et making of de la première émission de Radio Verte depuis l’appartement du sulfureux Jean Edern Hallier.
A une époque où les jeunes en étaient réduits au tract et à la banderole, une radio libérée du carcan étatique fait naître un espoir fou de liberté d’expression.
La machine est lancée et ne s’arrêtera plus, malgré les brouillages, descentes de police, arrestations et saisies de matériel ordonnées par le gouvernement Giscard. Une répression visant à défendre le monopole.
Dans une joyeuse anarchie, des dizaines de radios pirates vont éclore sur tout le territoire et la bande FM.
Dont Radio Ivre (future Radio Nova) qui, dès 22h30, heure du coucher des brouilleurs de l’Etat, diffuse son reggae et permet aux auditeurs de s’exprimer, et se déplace chaque soir pour ne pas être saisie.
On peut aussi tomber sur Sergio, DJ du Bus Palladium, sur Radio Onz’débrouille, diffusée depuis un appartement privé.
La liste sera longue et on jouera au chat et à la souris jusqu’au 9 novembre 1981. Date où elles seront tolérées par une loi de dérogation.
Les radios libres sont nées, même si la route sera encore très chaotique.
Mais c’est une autre histoire.